Tout commence au supermarché
J’ai eu envie de faire cet article suite au reportage TV du 13h sur l’utilisation de l’IA dans la vie quotidienne. Une femme, devant le rayon sauces tomates d’un supermarché, sortait son téléphone pour demander à ChatGPT laquelle était la moins chère.
Je me suis demandé si c’était une blague.
L’IA lui a répondu gaiement et avec un comparatif de 50 lignes : la marque distributeur.
Celle qui était, évidemment, sur l’étagère du bas. Classique.
Celle avec le prix au kilo le plus bas imprimé sur l’étiquette. Re-classique.
On a inventé un outil capable de synthétiser des millions de données pour… lire une étiquette de prix à notre place.
Ce type de prospect, persuadé que l’IA peut remplacer les connaissances de base
Il y a peu, un prospect m’a contacté avec une volonté ferme : se former en SEO pour ressortir sur des mots-clés précis, le tout, avec l’IA. J’ai posé quelques questions pour estimer ses connaissances. Il n’avait pas les bases (genre savoir tester les résultats en navigation privée, savoir ce qu’est un volume de mot-clé).
J’utilise l’IA pour le SEO, mais c’est un outil au service des compétences, elle ne fait pas tout.
Et là dessus, nous n’avons pas réussi à nous comprendre.
Je comprends l’attrait, parce que l’IA fait illusion. C’est vrai que c’est bluffant !
Quand je demande à Claude de me faire une stratégie SEO, il me génère des titres, des méta-descriptions, des plans d’articles. Il a l’air de savoir ce qu’il fait.
Sauf que le SEO, ce n’est pas une liste de tâches à exécuter. C’est une logique et des données à comprendre. Pourquoi un mot-clé plutôt qu’un autre. Comment un algorithme évalue la pertinence d’une page. Ce que « intention de recherche » veut vraiment dire dans un contexte précis.
Sans ça, l’IA génère du contenu optimisé pour rien.

Et ce moment où je me suis faite avoir aussi…
La dernière fois, j’avais un mail à envoyer. Un mail un peu délicat, avec une position claire, pas très agréable à rédiger, mais nécessaire et… J’ai douté de moi.
J’avais peur d’être trop directe, trop vindicative.
J’ai copié-collé mon texte dans Gemini en lui demandant de « l’adoucir un peu ».
Résultat : la personne n’a pas compris ce que je voulais lui dire.
Ce que j’avais mis 30 minutes à formuler avec précision avait été poncé, lissé, neutralisé. Mon message était devenu un email de service client poli et vide de sens.
Je me suis laissé tenté par l’IA pour combler un manque de confiance en moi.
Je l’ai laissé modeler mes idées alors que c’est normalement à moi de la driver.
Et si on lui donne de la compétence et des instructions fines, elle peut produire quelque chose d’utile.
Ce qui me fatigue, ce n’est pas l’IA.
C’est la façon dont on nous la vend comme un raccourci vers la compétence. Comme si l’outil pouvait remplacer le jugement. Comme si savoir utiliser ChatGPT dispensait de savoir réfléchir.
C’est aussi comment on peut la laisser facilement s’engouffrer dans nos failles et lui laisser la main.
L’IA est un amplificateur. Rien de plus. Mais elle peut amplifier nos compétences, comme nos craintes, tout dépend de ce qu’on lui donne.
Devant le rayon sauces tomates, le problème n’est pas l’IA. C’est qu’on a oublié qu’on était capable de lire une étiquette.
Dans mon mail raté, le problème n’était pas Gemini. C’est que j’avais délégué ma conviction à un algorithme.
Et pour le SEO ? L’IA sera un outil formidable le jour où vous aurez les bases pour lui dire quoi faire, et surtout, pour évaluer si ce qu’elle produit est bon.
Laissez-nous souffler !
J’avoue, avec tout ça, j’espère que la hype retombe. J’en peux plus des vendeurs de rêves à base d’IA. J’en peux plus des publications Linkedin sur la mort annoncée de tout ce qui fait notre créativité.
J’ai l’impression d’être dans une course permanente à la productivité. Toujours plus, en moins de temps, toujours mieux, avec moins de connaissances. Plus vite, plus loin. Tout le temps.
Please, stop.
Je sais que je fais un métier qui évolue constamment. Je ne fais pas les sites Internet aujourd’hui comme il y a 15, 10 ou 5 ans. Mais là, j’ai besoin de souffler un peu, avec l’espoir qu’on saura remettre l’humain au centre au bon moment et ne pas se perdre en route.





